Philippe HENRY, Député fédéral Ecolo

Paquet climat européen : une première étape nécessaire, mais insuffisante

décembre 13, 2008 · 3 commentaires

ddvLes chefs d’Etat européens ont finalisé cette semaine un premier accord climatique. L’Europe devient en effet le premier continent à se doter d’objectifs de cette nature et c’est une étape nécessaire, importante dans le cadre de la négociation mondiale en cours, notamment à Poznan, et qui devrait aboutir l’année prochaine à Copenhague. Toutefois, on ne peut se réjouir que fort modérément lorsque l’on prend acte du contenu final de l’accord et du chemin qu’il reste encore à parcourir.

D’abord concernant le niveau des objectifs eux-mêmes, dans la mesure où les scientifiques nous disent qu’il nous reste 4 à 10 ans pour agir. Et que pour limiter le réchauffement global moyen à 2 degrés, les pays industrialisés doivent réduire leurs émissions de 25 à 40% pour 2020, donc bien davantage encore de ce que l’Europe a décidé à ce stade.

Ensuite et surtout en raison du recul opéré dans les dernières étapes de la négociation entre Etats sous la pression de plusieurs lobbies économiques puissants concernant les quotas d’émission pour les entreprises. De nombreux secteurs vont ainsi garder des quotas d’émission gratuits, ce qui conduit à ne pas encourager suffisamment, et pas suffisamment vite, ces secteurs à s’orienter vers de nouvelles technologies moins énergivores. Par ailleurs, cela diminuera d’autant les moyens dont disposeront les Etats pour encourager la recherche et l’émergence de nouvelles technologies vertes. C’est un très mauvais signal au monde économique et cela limitera la capacité européenne à anticiper les mutations nécessaires de notre économie. Et cela n’anticipe pas suffisamment le passage de 20 à 30% de réduction en 2020, évoqué plus haut.

Enfin, on ne peut que regretter amèrement que l’Europe mise une bonne partie de son effort de réduction d’émissions sur des investissements à réaliser en-dehors de son territoire, en décidant d’augmenter le recours possible aux mécanismes de développement propre. C’est sans aucun doute le plus mauvais signal donné par l’Europe aux pays du Sud, en plein milieu de la conférence de Poznan. Il est évidemment légitime d’attendre des pays en développement qu’ils tiennent compte de l’enjeu climatique et l’intègrent dans leur développement en limitant au maximum leurs émissions ; la planète ne pourra être sauvée sans eux. Mais il n’est absolument pas légitime d’exiger de leur part le respect de contraintes environnementales fortes sans être d’abord très exigeants avec nous-mêmes, nous les pays industrialisés responsables de l’existence même du réchauffement global.

Fort heureusement, les objectifs chiffrés du « Paquet 3×20 » proposé initialement par la Commission européenne n’ont pas été remis en cause, à savoir : 20% d’énergie renouvelable, 20% d’efficacité énergétique, 20% de réduction de CO2 d’ici 2020. L’Europe annonce que l’objectif reste celui d’un accord mondial portant l’objectif de réduction à 30% d’ici 2020, mais qu’elle ne le décidera pas sans accord avec les autres continents. Il faut effectivement tout faire pour obtenir un tel accord l’année prochaine à Copenhague.

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3 réponses jusqu'à présent ↓

  • Kermit // décembre 14, 2008 à 8:46 | Répondre

    Des intentions, des souhaits, de la bonne volonte … On n’a ecoute les discours avec interet mais 2020 c’est dans 11 ans seulement, quel est le risques derriere ces discours, sous des pretextes de crise, de competitivite ou de manque de volonte reelle, de voir les moyens a mettre en oeuvre reportes d’annee en annee jusqu’a se rendre compte en 2015 qu’il n’est plus possible d’y arriver ?

    Au dela de ces intentions et de cet accord, qu’est ce qui nous guaranti que les pays mettront effectivement en oeuvre les chantiers necessaires ? Y a t’il dans cet accord du concret a ce sujet ?

  • Philippe Henry // décembre 14, 2008 à 9:13 | Répondre

    En fait techniquement l”accord est beaucoup plus complexe que ça et il y a une progression d”année en année pour aboutir finalement aux cibles définies pour 2020. De plus un système d”amendes est prévu pour les Etats membres qui ne respectent pas leurs engagements. Je pense que le vrai problème ne se situe pas là, si l”accord est effectivement voté au parlement européen, je pense qu”on peut estimer qu”il sera respecté (d”autant que la “clause de rendez-vous” demandée par l”Italie et visant à réévaluer les objectifs en 2014 a été heureusement rejetée), le problème est plutôt qu”il reste nettement insuffisant.

  • Kermit // décembre 14, 2008 à 10:43 | Répondre

    Merci pour ces precisions que la presse ne nous a pas donne. Insuffisant, c’est vrai, certes il est important de maintenir la pression.

    Maintenant, d’un point de vue pragmatique, il est plus rassurant d’obtenir a coup sur quelque chose d’insuffisant, que d’obtenir des promesses qui ne seraient pas tenues du tout. Je ne prendrait que la sortie du nucleaire comme exemple.

    Encore merci pour votre reponse.

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